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FARAHAFATSE :

Submitted by: raozigasy
On: 07/04/2009

L’océan, frontière naturelle de la Grande Ile, partage le destin des pêcheurs. Fille du canal du Mozambique, l’ethnie Vezo n’échappe pas à cette voie. De Lavanono au Sud-Ouest, jusqu’au Moyen-Ouest au Nord de Morombe, elle navigue, pagaye, se laisse emporter par le « Tsioka » ( le vent). A bord de leur « Laka » (leur pirogue), leur seul moyen de communication avec toute civilisation terrienne, seul confident  de leur souci et joie, elle affronte le quotidien d’un pecheur.

 A l’intérieur des Terres, un vrai Vezo, le « Vezon-driaka » ( le Vezo de la mer : qui ne vit que des produits halieutiques ) traverse le territoire du faux Vezo, « le Vezom-potaka » ( le Vezo de la boue qui vit de l’élevage et de l’agriculture) pour cherche l’arbre rare.

De nom de « Farahafatse » Givotia madagascariensis, cet arbre très léger et imputrescible constitue l’élément de base de la vie d’un pêcheur.

 Armé seulement d’une hache, ce denier abat son tronc. Sans aucun instrument de mesure, uniquement un sérieux coup d’œil, il travaille sa coque avec la même matière première, le balancier se fait faire. Ensuite le piroguier coupe son second élément, le « Katrafay » cedrelopsis grevei. De qualité dure et costaud, ce bois sert à faire les mats, les clous et les rames. Apres une semaine, la pirogue est préfabriquée . Déjà l’ambiance de fête s’annonce.

A dos d’homme ou en charrette à zébu, on transporte l’embarquement vers le village. Le bruit circule : une pirogue arrive. Arrivée  à la plage, tous les hommes de la famille participent à l’assemblage et à l’ajustage. Quand tout est fin prêt, les villageois fêtent l’évènement. D’abord le vieux du village qui demande la bénédiction ancestrale. Avec l’inévitable « Toaka Gasy » rhum local du rite malgache, il verse la part des dieux de la mer qui va protéger les pêcheurs durant tous ses voyages. Ensuite, le propriétaire de la pirogue et son co-piroguier, se font baptiser à l’eau de mer. Apres cet accord « homme-mer » tout le monde inaugure la première mise à l’eau. Les hommes trinquent et boivent, tout en appréciant le rythme du « Tsapiky » (danse typique de la région). Demain, la Pirogue ira à la mer pour la Vie et les Vivres de ses piroguiers.

A la mer, que ce soit dans le lagon ou en haute mer, la pirogue n’entend plus le cri des enfants, le chant des femmes, seules les vagues, le vent et les oiseaux la tiennent compagnie. Le mot que souvent, elle perçoit est simple et court : « Vezo » qui signifie pagayez et ramez.

A l’aide d’un filet minutieusement tressé, avec un cordon synthétique défibré, ou un harpon de fer tors adapté à la malgache, le « Vezo » accepte ce que « Zanahary » ( le dieu créateur ) lui donne. A des endroits, on trouve sardines et thons. Entre les coraux, perroquets et poissons-chats faufilent. La rencontre avec des crevettes et langoustes n’est pas souvent rare. En dehors du récif, des requins se font piéger. Pendant la pêche, au filet ou en plongée, la pirogue reste ancrée à une pierre corallienne, au milieu de l’océan, tout en acceptant la caresse traîtresse de la houle  

Avec des nomades ou non, la pirogue connaît tout le territoire de sa cote. Elle reste le seul moyen de communication avec les gens de la terre, elle aussi relie la vie d’ici et la maison d’ailleurs. A la mort d’un pêcheur, elle participe à la réalisation de l’habitat de l’au-delà. Elle transporte les pierres extraites du récif ou du fond marin pour la construction de la tombe. Elle dit adieu à son propriétaire et dit bonjour à son héritier. Comme son bois est de « Farahafatse » : littéralement « dernier message , alla passera le flambeau à un autre fils de la mer. Repeinte en goudron, elle gardera son étanchéité d’origine et naviguera avec son nouveau maître. Et quand viendra le jour où celui-ci ira à son tour à l’intérieur des terres pour chercher  le bois rare, elle prendra sa retraite et restera le long de la plage. Elle n’ira plus à la mer comme son premier maitre.

Et le « Farahafatse » devient rare dans la foret, mais reste toujours légendaire et important dans le cœur des « Vezo ». Personne ne pourra le protéger, son destin est déjà tracé. Il sera toujours « vezon’ny Vezo » ( pagayez par les Vezo) . Pêcheurs et pirogues partageront longtemps la même voie : la mer, l’océan, cette frontière naturelle de la Grande Ile

HJL

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